La place de la cartographie dans les processus de prise de décision et ses biais potentiels

Ce schéma illustre le processus de prise de décision dans un projet, et la place que peut occuper la cartographie dans celui-ci. Il est à valeur généraliste mais permet d’identifier le rôle crucial de la production de cartes, à la fois en tant que vecteur de communication qu’outil décisionnel. Son importance vient décupler les enjeux que peuvent représenter les biais dans le processus de création desdites productions. Nous verrons que ces biais sont multiples et potentiellement récurrents.

Ce schéma séquence la prise de décision en étapes allant de 6 à 9. Les 6 premières sont celles relatives à la conception de projet, et les 3 dernières font référence à l’évaluation de celui-ci.

Ainsi, une décision ne se prend qu’en cas de volonté de mener un projet. Cette volonté peut être de différente nature et renvoie à la notion de rationalité située des acteurs. S’en suit une phase de diagnostic, avec dans le cas d’une réflexion territorialisée son lot de données et de productions cartographiques. C’est la phase d’initiation du projet.

Celle-ci fait place à la phase d’analyse, consistant à la capitalisation des connaissances acquises lors du diagnostic et au travail de mise en place de la réponse à la problématique, qui vient ici aussi accompagné de productions cartographiques en vue de définir la ou les visions les plus pertinentes.

La dernière phase vise à définir une stratégie pour tendre vers l’atteinte des objectifs sélectionnés et la conduite de celle-ci. C’est la phase de projet.

Ces trois phases, déclinées en 6 échelons viennent questionner le mécanisme cartographique et l’on assiste à un échange presque conversationnel entre les acteurs et la carte. Ceux-ci produisent des cartes tour à tour en tant qu’outil de questionnement puis de réponse. A chacune de ces itérations, des biais peuvent s’insérer dans le processus et intervenir in fine sur le résultat et son interprétation.

Il en va de même avec les trois étapes de l’évaluation, avec une attention particulière à avoir sur celles-ci puisque l’évaluation vient corroborer ou non la légitimité de l’action et peuvent de ce fait être sujettes à plus de tensions de la part des acteurs.

Il est important pour l’ensemble de ces raisons et dans un contexte d’importance grandissante de la data, au sein d’une hétérogénéité croissante des acteurs impliqués par et dans la cartographie, de définir des méthodes de collecte et de production claires, précises et transparentes. Il est de plus primordial de justifier ses approches et de ne considérer les statistiques que comme des moyennes. Les données sont intrinsèquement essentielles à la production cartographique, toutefois elles sont à considérer pour ce qu’elles sont : des conceptualisations mathématiques d’une réalité à un instant t, et doivent être envisagées avec un recul certain.

On procède ici à une « rationalisation » de l’information, du processus de prise de décision et de l’ensemble de ses supports d’expression. Ainsi la traçabilité des données et des processus de production est toujours à mettre en relation avec le « produit fini » dans un objectif de transparence et de rigueur scientifique.

Ce schéma et ce petit article ont pour vocation d’accompagner le lecteur vers une prise de conscience de la relativité potentielle de l’usage cartographique. Cette dimension -si elle est assumée- ne s’érige pas en limite à la dynamique de la représentation spatiale mais comme trait de caractère, et ouvre à la pondération contextuelle et intellectuelle des Systèmes d’Information Géographiques (SIG).

Pour conclure, on pourrait citer Abe Burrow, un humoriste américain qui dit que « la raison d’être des statistiques c’est de vous donner raison ». Considérant cela l’idée apparait clairement qu’on ne met en œuvre que l’information que l’on a cherchée et c’est ici peut-être pointer du doigt le biais inhérent aux sciences sociales.

Quentin Sougnez

Et pour aller plus loin :

Goria, Stéphane. « Cartographie et processus d’intelligence économique. L’analogie du plateau de jeu comme aide à la décision stratégique », Les Cahiers du numérique, vol. vol. 5, no. 4, 2009, pp. 111-137.

JP. Battesti, M. Bondaz : IGA, M. Marigeaud : IGF, N. Destais : IGAS. «  Cadrage méthodologique de l’évaluation des politiques publiques partenariales » , 2012

Université Bordeaux Montaigne

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