Objectifs de Développement Durable

Un nouvel outil de planification territoriale vient s’inscrire en continuité des réflexions vers un développement durable. Il s’agit des 17 Objectifs de Développement Durable, adoptés par les Etats membres de l’Organisation des Nations Unies en septembre 2015. Il constituent un nouveau souffle pour le développement durable, en continuité des Agendas 21, adoptés lors du Sommet de la terre à Rio en 1992.  Les dix-sept ODD se déclinent en 169 cibles, ou sous-objectifs, eux-mêmes constitués de 244 indicateurs onusiens. 

 

Les dix-sept Objectifs de Développement Durable de l’ONU

Source : ONU, 2015.

 

Les Objectifs de Développement Durable sont récents. En France, le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire (MTES) s’est emparé de cet outil en déclinant les indicateurs environnementaux sur le territoire français. L’INSEE est également en charge d’indicateurs socio-économiques venant compléter ceux du MTES.

Une nouvelle démarche vient de se mettre en place. Il s’agit de la démarche « ODD et Territoires ». Le MTES vient en accompagnement des collectivités souhaitant développer une stratégie de développement durable à partir de ce nouvel outil. Le CEREMA vient également appuyer le ministère dans un but d’accompagnement technique. Ainsi, le schéma ci-dessous met en évidence les jeux d’échelles, de l’international au local, pour mieux comprendre quels sont les acteurs qui gravitent autour des ODD au sein du territoire français.

Articulation inter-scalaire des interventions pour la mise en oeuvre des Objectifs de Développement Durable

schéma interscalaire

Source : Marie VOLAND, 2018.

Quetigny (Côte D’or), Besançon (Doubs), Niort (Deux-Sèvres), Metz (Moselle), Épernay (Marne), Strasbourg (Bas-Rhin) ainsi que le département de la Gironde sont les collectivités pilotes de la démarche. Des groupes de travail ont été mis en oeuvre depuis  le 5 juin 2018 afin d’identifier les besoins de ces collectivités pour l’application locale des ODD. Le CEREMA met à disposition son expertise au service des collectivités, en proposant par exemple des outils d’évaluation tels que le référentiel des villes et territoires durables (outil européen adapté pour répondre aux ODD ; pour plus d’informations : RFSC)

Pour la mise en œuvre de l’Agenda 21, il n’y avait pas de cadre structuré pour mettre en place des indicateurs mais des principes à appliquer. Les engagements du programme 2030 ne se bornent pas à des principes mais à des objectifs, cibles et indicateurs définis. Les 17 ODD semblent traiter de toutes les thématiques liées à la condition humaine et naturelle et vont ainsi plus loin que les Agendas 21. Nous rencontrons toutefois des incompréhensions et des contradictions liées à cette structure cloisonnée et hiérarchique. Ces incompréhensions peuvent constituer des freins à la mise en œuvre locale des ODD, d’un point de vue technique comme politique. Les ODD s’axent vers un changement dans les représentations du monde qui nous entoure et invitent à penser la durabilité des systèmes, c’est-à-dire prendre en compte le fait que les ressources naturelles sont épuisables et que par conséquent il faut changer les modes de fonctionnement pour aller vers des pratiques plus résilientes. Cet outil tente, en ce sens, de diriger les acteurs à toutes les échelles et dans tous les pays vers ce mode de pensée. Ils prônent l’universalité, l’indivisibilité et la transversalité entre les objectifs et enjeux mondiaux et locaux. Nous allons tenter de comprendre dans quelle mesure les ODD s’inscrivent dans le cheminement vers un développement durable.


Premièrement, leur structure se caractérise en trois niveaux hiérarchiques.

Le premier niveau concerne l’objectif lui-même, numéroté, comme la lutte contre la pauvreté (ODD 1) ou encore l’eau propre et l’assainissement (ODD 6). Il englobe de larges thématiques.
Le deuxième échelon définit des sous-objectifs, appelés cibles. Les cibles de chaque ODD sont plus précises et affinées. En analysant à la loupe le contenu des cibles nous apercevons un décalage entre les cibles et les objectifs eux-mêmes. Le nom des objectifs n’est pas représentatif du contenu des cibles. L’ONU a voulu développer un outil qui soit à la fois compris par les néophytes et en même temps appropriable par des acteurs sensibilisés et connaisseurs. Nous retrouvons ainsi un décalage entre l’objectif communicationnel, voire marketing, des objectifs, visant une appropriation de tous, et les finalités de changement souhaités au travers des cibles. C’est le défi que se sont lancé les Nations Unies en proposant un outil visant l’universalité. Pour exemple, dans son appellation marketing, l’objectif 2 désigne l’expression « Faim zéro ». Il met en évidence des problématiques liées à l’alimentation. Mais derrière cet objectif se trouve des cibles principalement orientées sur l’agriculture durable. Il faut alors aller plus loin et regarder le nom complet de l’objectif : « Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ».
Le troisième pallier correspond aux indicateurs qui ont été conçus dans un but d’intégration de la transversalité. En effet, certains indicateurs sont identiques pour plusieurs objectifs. L’objectif 1 (pauvreté) et le 13 (changement climatique) déclinent par exemple le même indicateur. Il s’agit du nombre de personnes décédées, disparues ou directement touchées lors de catastrophes, pour 100000 personnes. Ce même indicateur traduit la volonté de mettre en relation la dimension sociale au travers la capacité d’adaptation des personnes vulnérables aux chocs ainsi que la dimension environnementale concernant le changement climatique global. L’environnement a donc une répercussion sur la sphère sociale et les interdépendances entre les dimensions sont ainsi traduites au travers des indicateurs. Les ODD sont en ce sens novateurs dans la manière d’appréhender et de traduire la transversalité et vont plus loin que les autres outils développés auparavant puisqu’ils s’inscrivent dans une conception multifactorielle. 

Enfin, ces objectifs pourront ainsi permettre aux territoires de relancer leur stratégie en matière de développement durable et d’impulser de nouvelles dynamiques favorables à l’épanouissement des êtres vivants et la planète.

 

Bibliographie : 

DEMAILLY, Damien, 2017. ODD : une feuille de route pour la France. IDDRI. n° 11/17, p. 4.

HEGE, Elisabeth, VAILLÉ, Julie, DEMAILLY, Damien et BRIMONT, Laura, 2017. La France passera-t-elle le test des Objectifs de développement durable (ODD) ? IDDRI. n° 2/17, p. 48.

MAUREY, Hervé et BIGNON, Jérôme, 2017. 678 : La France face au défi de la mise en oeuvre des objectifs de développement durable. Rapport d’information. Paris.

MONNOYER-SMITH, Laurence et LORIOUX, Vanessa, 2017. La mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) en France : indicateurs de suivi et financement. Annales des Mines-Responsabilité et environnement. FFE. p. 32–36.

UNITED NATIONS DEPARTMENT OF ECONOMIC AND SOCIAL AFFAIRS, 2017. Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques. UNITED NATIONS DEPARTMENT OF ECONOMIC AND SOCIAL AFFAIRS, Rapport sur les Objectifs de Développement Durable 2017. UN. p. 44‑45.

 

Marie VOLAND, publié le 09/01/2019

Université Bordeaux Montaigne

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