L’exploitation du nickel au détriment de la biodiversité

Coralie GUILLOU

Figure 1: Source: géographie home deds

 

La grande terre  (surnom donné à l’île par ses habitants) est l’île principale de la Nouvelle-Calédonie, dans la mer de corail, dans l’océan Pacifique. L’archipel est une ancienne colonie française datant de 1853. Peu de temps après sa prise de possession par les français, l’ingénieur Jules Garnier à découvert la présence de nickel en 1864. Son exploitation à débuté en 1874, mais à connu ses heures de gloire qu’à partir des années 1960.

L’archipel néo-calédonien est  placé dans une zone complexe entourée de bassins océaniques et de croûte continentale mince en grande partie immergées et de chaînes ou d’arcs volcaniques qui s’organisent entre le continent australien à l’Est et le domaine océanique du Pacifique de l’Ouest. Ces bassins sont apparus dès le Crétacé inférieur à l’aplomb d’une vaste zone de subduction. La Nouvelle-Calédonie est couverte d’une énorme nappe ophiolitique très riche en métaux, Fer, Nickel, Cobalt, Magnésium, Cuivre…Il y a par exemple dans le nord, le massif du Koniambo, le gisement le plus riche du monde en Nickel. La forte présence de nickel en surface sur le relief, s’explique par des phénomènes géologiques qui se sont passés pendant la période de formation de la Nouvelle-Calédonie et des îles qui l’entourent. Ces phénomènes sont expliqués de façon simple et très complète sur les vidéos ci-dessous.

Vidéo intégrale :

Vidéo raccourcie :

La Nouvelle-Calédonie connaît un véritable « boom du nickel », entre 1969 et 1972. Les besoins mondiaux sont alors considérables. En peu de temps, l’économie néo-calédonienne est transformée par cette croissance: en 1970, l’industrie du nickel représente quelque 30% du produit intérieur brut de la Nouvelle-Calédonie et près de 15 000 métropolitains viennent s’installer dans la Grande-Terre. L’activité se ralentit toutefois brusquement en 1973 au moment de la première crise pétrolière. Ce n’est qu’en 1997 que l’extraction du minerai retrouve le niveau de 1971, avec 8,2 millions de tonnes de minerai extraites.

Le nickel néo-calédonien, qui représente environ un quart des réserves mondiales et qui compte pour quelque 95% des exportations de l’archipel, suscite de nouveau les convoitises depuis le début des années 2000 en raison des besoins croissants des puissances émergentes, à commencer par la Chine. Les groupes étrangers les plus importants s’intéressent au nickel de Nouvelle-Calédonie, troisième producteur mondial derrière le Canada et l’Australie, longtemps exploité uniquement par la Société Le Nickel (SLN), devenue filiale du groupe français Eramet. Depuis, une usine de traitement du nickel à vu le jour dans le sud de l’île et permet une exportation massive des minerais au travers du monde entier. Environ 10% des réserves mondiales se trouvent sur le territoire calédonien. Cela représente une quantité considérable compte tenu de la taille de l’archipel (18 500km2).

 

 Ce graphique représente les proportions de réserves de nickel dans le monde. On remarque que l’Australie est le principal exportateur de nickel à l’échelle mondiale. Ceci permet de mieux comprendre pourquoi la Nouvelle-Calédonie est dans les premiers rangs mondiaux en termes d’exploitation de nickel.

Suite aux phénomènes géologiques qui ont donné naissance à la Nouvelle-Calédonie, les mines de nickel du territoire sont des mines à ciel ouvert. Ces pratiques sont peu courantes puisque le nickel est un minerai qui se trouve en profondeur dans es sols de la terre. Il faut donc creuser, parfois plusieurs kilomètres pour pouvoir en extraire des entrailles de la terre et le traiter afin de confectionner une multitude d’objets qui servent au quotidien.

Du fait que les mines soient à ciel ouvert, il à fallu dès les premières exploitations arracher la végétation pour pouvoir accéder au sol. Les premiers exploitants de la fin du 19 ème siècle ne se souciaient pas vraiment de l’environnement et des conséquences environnementales que cette exploitation pouvait entrainer dans le long terme. En effet, l’archipel possède un couvert végétal d’un endémisme très important, l’archipel est identifié comme un « hotspot » de biodiversité. Il existe énormément d’espèces animales et végétales endémiques (près de 90% de la flore identifiés sur ces sols pauvres en minéraux et riches en métaux toxiques), faisant l’objet de protection particulière. Deux conséquences majeures ressortent de l’exploitation minière sur l’environnement néocalédonien. La première, la dégradation de la végétation avec un risque de disparition de certains écosystèmes endémiques. La deuxième, une augmentation du nombre des surfaces dénudées et par conséquent une augmentation de l’érosion avec parallèlement une forte accumulation des sédiments entraînés dans les rivières puis dans les lagons.

Aujourd’hui, un grand nombre d’associations ainsi que les acteurs publics comprennent l’intérêt de protéger l’écosystème calédonien qui subit une destruction massive notamment à cause des exploitations minières.

Même si l’exportation du nickel est devenue quasiment une nécessité pour développer l’économie locale puisque environ 30% du PIB est tiré du nickel et sa sphère.

Le Caillou, tiraillé entre ces deux richesses, n’a pas fait de choix. Ce sera l’or bleu et l’or rouge. Même les écologistes ne souhaitent pas l’arrêt du projet minier. « Ce serait comme si les Saoudiens refusaient de bâtir des puits de pétrole ! », s’exclame Bruno Van Peteghem, fondateur de Corail vivant, association qui, la première, en 1999, a déposé un projet d’inscription du lagon et des récifs à l’Unesco. « Nous voulions un classement intégral des récifs coralliens afin que Goro Nickel respecte les normes écologiques et construise une usine propre », explique l’écologiste. Le combat de Corail vivant a abouti à une demi-victoire : seuls six sites, et non l’ensemble du lagon, ont reçu le fameux label mondial. Une partie de la baie de Prony est intégrée à la zone « Grand lagon sud ». Cependant, l’Unesco a peu de pouvoir. « La convention stipule que tous les acteurs de l’île ne doivent rien faire qui soit susceptible de dénaturer le territoire. Si, après vérification, l’organisation s’aperçoit que cette close n’est pas respectée, la zone peut être classée «site en péril» », explique Mechtild Rossler, chef de section unité Europe à l’Unesco.

L’inscription au patrimoine mondial pousse la mine et le gouvernement à la précaution. Jean-François David, directeur délégué de Goro Nickel, assure avoir accueilli l’annonce « avec satisfaction, car la mine a participé au projet d’inscription et se pliera aux normes les plus sévères afin de respecter l’environnement ». Vincent Mary, chef du service de la prévention pollution de la Province Sud, affirme, lui, qu’un observatoire de l’environnement sera créé d’ici à 2009 : « Il permettra de surveiller l’ensemble de la zone d’impact des activités de la société. »

Cependant, malgré une prise de conscience vis-à-vis de l’environnement et des fonds débloqués pour réhabiliter les sols, les financements attribués pour ces actions sont finalement utilisés par les entreprises pour couvrir le déficit dus à l’effondrement du cours du nickel qu’il y a eu ces dernières années. Ajouté à cela, de graves accidents ont eu lieu récemment, ce qui à entrainer une remise en question sur l’exploitation minière et le fait de continuer dans la démarche qui à été adopté il y a plusieurs années.

Sommes-nous en transition vers un développement plus durable ?

Le précédent boom minier (1966-1976) a eu certes des effets bénéfiques pour la Nouvelle-Calédonie, avec une nette élévation du niveau de vie, mais également son lot de conséquences néfastes : récession et chômage, polarisation excessive de l’économie, exode rural et surtout dégâts environnementaux considérables imprimés dans les paysages. Depuis, la prise de conscience environnementale suite au mouvement mondial (Rio 1992), l’émancipation politique (accords de Matignon, 1988 et Nouméa, 1998) et le rééquilibrage économique par le partage de la ressource (préalable minier, accords de Bercy, 1998), ont abouti à une nouvelle donne minière qui s’est notamment traduite par l’implantation de deux nouveaux projets de taille mondiale et l’implication des Kanaks dans l’activité minière.

Très récemment, après 10 ans de concertation, des évolutions réglementaires basées sur des normes internationales se sont concrétisées par l’adoption du schéma de mise en valeur des richesses minières (2009), puis par une série d’outils : le code minier par une loi de pays (2010) et les codes de l’environnement des Provinces Nord (2008) et Sud (2009). Ces outils permettent d’encadrer l’activité minière, depuis l’ouverture de la mine (étude d’impact et régimes d’autorisation), pendant l’exploitation (charte des bonnes pratiques, suivi des impacts sur les milieux naturel et humain) et jusqu’à la fermeture (mesures de restauration, assurance financière en cas de déficience) avec une police minière enfin dotée de moyens efficaces de contrôle et de sanction. Questions environnementales La pollution principale due aux mines de nickel à ciel ouvert provient de l’érosion intense de grandes surfaces latéritiques, très fragiles, dénudées par la prospection, et les travaux d’extraction et de stockage non contrôlé des stériles. En conséquence, le transport terrigène intense et anarchique impacte fortement les milieux en aval, engorgeant les rivières et étouffant les écosystèmes littoraux sensibles à la turbidité. Ces dégâts sont difficilement réparables et nécessitent une action très coûteuse à la source de la pollution qui consiste à empêcher l’érosion par une gestion des eaux de ruissellement et une revégétalistion des zones minières. Une action qui ne permettrait d’envisager une amélioration environnementale qu’après quelques dizaines d’années. La nouvelle réglementation impose désormais aux exploitants un contrôle permanent et rigoureux de l’érosion et du transport solide au cours de tous les travaux miniers et exige une réhabilitation progressive de toutes les surfaces dénudées. L’inscription emblématique de certaines parties du récif et du lagon calédonien au patrimoine de l’Unesco (2008) s’est accompagnée d’un renforcement des dispositifs de conservation et de suivi de l’impact anthropique sur la biodiversité exceptionnelle terrestre et marine : comités locaux de gestion des zones classées, création de l’Œil (observatoire du grand Sud), comité consultatif coutumier environnemental du Sud, comité environnemental Koniambo, fonds nickel pour la réhabilitation du passif environnemental. Ces structures appuient leurs actions sur les travaux scientifiques d’organismes de recherche durablement implantés sur le territoire tels que l’IRD, l’IAC (Institut agronomique calédonien), l’Université de Nouvelle-Calédonie, le CNRS, le BRGM. Ces organismes ont amélioré les connaissances de cette biodiversité et travaillent aujourd’hui à une meilleure compréhension du fonctionnement des écosystèmes, à leur conservation ou à leur restauration. Depuis septembre 2007, le « CNRT Nickel et son environnement », une agence nationale d’engineering de projets de recherche créée à la demande des mineurs, apporte une contribution financière partagée (public/privé) aux programmes scientifiques liés à l’impact de l’activité minière sur l’environnement. Si ces évolutions récentes et l’implantation de grands projets métallurgiques ont positivement et durablement modifié l’économie du pays, il reste aux décideurs politiques à préserver les générations futures par le choix d’un développement plus durable. Ceci passe par un partage équitable de la rente minière, une meilleure intégration sociale des projets miniers, une diversification de l’économie, une conservation et une valorisation de la biodiversité, une utilisation raisonnée des ressources minérales et une valorisation optimisée de ces ressources. À la demande du comité de suivi des signataires de l’accord de Nouméa, un comité stratégique industriel doit faire des propositions dans ce sens.

Des solutions sont en émergence suite à ces problématique, ce qui est encouragent pour la suite même si l’on sait pertinemment que le chemin va être long et sinueux.

 

Bibliographie et sitographie

Site internet de l’INA

Site internet de la DIMENC

Site internet goutte à goutte

Bernard ROBINEAU, Laurence BERTHAULT et Patrice CHRISTMAN : Nouvelle-Calédonie, terre de Nickel.

Eddy BANARE : La littérature de la mine en Nouvelle-Calédonie (1853- 1953).

Jean-Baptiste MOUTTET : En Nouvelle-Calédonie, l’exploitation du nickel menace l’environnement.

http://www.novethic.fr/actualite/environnement/biodiversite/isr-rse/en-nouvelle-caledonie-la-biodiversite-scarifiee-sur-l-autel-du-nickel-144091.html

Nouvelle-Calédonie première (chaine d’actualité locale)

 

Pages d’actualité

https://la1ere.francetvinfo.fr/economie/nickel?r=nouvellecaledonie

http://www.sln.nc/actualite-sln

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