La préservation d’un territoire « Réserve de Biosphère d’Araucaria » par le développement des communautés locales Mapuches

6 janvier 2020 Non Par admin

Délia DELANNE

 » Le travail effectué s’est organisé autour du thème de la dynamisation de la Réserve de Biosphère d’Araucaria, dans la Région de l’Araucanie, au Sud du Chili. »

 Cette région se caractérise par son histoire : elle est anciennement la terre des communautés indigènes mapuches, qui ne représentent plus aujourd’hui que 26 % (Institut national de statistiques de l’État chilien) de la population de ce territoire. Le stage s’est déroulé dans la ville de Curarrehue (qui peut aussi s’écrire Kurarewe), où l’activité culturelle mapuche est dense, cela m’a permis de faire émerger un grand nombre de questionnements et de développer ma réflexion du local au global. Ce stage a été largement guidé par un axe d’entrée qui est La nature et l’artisanat mapuche.

Contexte

En 1976, l’UNESCO désigne près de 600 Réserves de Biosphère (RB) dans le monde, dans le cadre du programme Man and the Biosphère (MAB). Le concept de la Réserve de Biosphère fut développé afin de protéger les espaces de vie qui considèrent l’homme explicitement comme faisant partie de son habitat, changeant la perspective anthropocentrique entre l’environnement et l’humanité, avec l’objectif de concilier la conservation de la diversité biologique, la recherche d’un développement économique et social et également le maintien des valeurs culturelles de la biosphère (UNESCO, 1995 ; Borsdoft et Araya, 2013). En 1995 se déroule le congrès mondial de Séville. Le concept de Réserve de Biosphère évolue vers un niveau global en mettant l’accent sur la préservation de l’environnement naturel sur le long terme et en tenant compte de la participation de tous les groupes d’intérêts locaux aux décisions prises autour de la Réserve de Biosphère. La même année, la charte du Réseau mondial des Réserves de Biosphère a été approuvée. Sont alors fixées les bases du cadre de candidature que les Etats s’engagent volontairement à respecter, conformément à leurs institutions et à leurs régimes juridiques (UNESCO, 1995 ; Borsdoft et Araya, 2013). Compte tenu des changements globaux produits par une perte progressive de la diversité biologique et culturelle, une urbanisation accélérée et le changement climatique de plus en plus prégnant, le III° Congrès mondial des Réserves de Biosphères a eu lieu et provoque une modification du programme Man And the Biosphère. Il fait de la Réserve de Biosphère une région modèle pour la coexistence durable de l’homme et de la nature, offrant des solutions innovantes pour un avenir harmonieux, un moyen de dialogue et de participation, un échange de connaissances, une réduction de la pauvreté, un respect des valeurs culturelles et la capacité des sociétés impliquées à s’adapter aux changements survenus dans le réseau mondial des Réserves de Biosphère.


Enjeux

Pour pouvoir répondre aux attentes de ce que représente cette réserve, l’idéal serait de mettre en place une signalétique qui permettrait aux communautés mapuches de s’identifier au territoire et en parallèle que l’art des communautés soit mis en avant pour représenter la Réserve. Ce projet requiert certaines clefs de réussite : une démarche partagée avec un réseau constitué entre hétérogénéité et  complémentarité des acteurs engagés, un territoire spécifique et une cohérence avec les enjeux présentés. Au Chili, il existe une signalétique nationale qui se réfère aux codes internationaux, il existe également une signalétique commerciale mais il n’existe pas de signalétique communautaire, que l’on peut également appeler signalétique rurale. Cette signalétique communautaire permettrait d’indiquer et d’informer les usagers du territoire de la RBA avec une esthétique représentative des communautés mapuches. Après avoir assisté à plusieurs réunions, j’ai pu noter que la signalétique était une réelle problématique et qu’il existait une véritable demande ; non seulement pour informer de la direction des sentiers pour les randonneurs, mais également des bonnes attitudes à adopter sur le territoire, notamment pour le thème de la récolte des pignons, emblématique chez les Mapuches, ou bien le thème des ordures et déchets.

Méthodologie

La première étape fut de comprendre et d’articuler tous les mots, notions et processus clefs pour mes projets ainsi que de faire des choix et de mettre en lumière certaines matières.

Ensuite, il a fallu déterminer des missions, qui puissent répondre aux aspirations du commanditaire, dynamiser le territoire de la RBA, qui puissent être réalisables sur la temporalité du stage et qui puissent servir de tremplin pour les stages suivants. J’ai ensuite mis en place la méthodologie de travail afin que ces projets aboutissent.

La méthodologie de ce catalogue s’est faite sur le territoire avec un réseau d’acteurs liés à l’artisanat local mapuche. La première étape fut la recherche d’acteurs et le recensement en catégories de leur artisanat en fonction de leur corps de métier ainsi que de l’offre de leurs services.

Après cette identification, j’ai mis en place une méthodologie de mise en contact, j’ai réussi à récupérer les numéros de téléphone mobile des acteurs et je leur ai envoyé un message. J’ai dû solliciter les acteurs à plusieurs reprises et l’organisation des rendez-vous n’a pas été facile : le fait d’imposer un cadre ne semblait pas approprié aux façons de faire locales. En référence à la gouvernance, que ce soit pour les rendez-vous ou bien les réunions, c’est un système que je qualifierais d’informel dans le sens où les échanges ne se construisent pas autour de règles. J’ai ensuite mis en place un rétroplanning d’entretiens, avec des propositions de rendez-vous soit au bureau de Rutas Ancestrales (ma base logistique) ou bien dans l’atelier ou ruka (maison) des artisans ou bien des acteurs. Je me suis fiée à un questionnaire préalablement mis en place avec des questions directives ouvertes, qui ont pour but de récolter des informations sur le fonctionnement de la communauté mapuche, la connaissance de la RBA, l’artisanat ainsi que les symboles mapuches. J’ai retenu alors beaucoup d’informations de manière informelle en adoptant un comportement d’observation et d’échange et cela était d’autant plus riche qu’un rapport de confiance s’était établi entre l’acteur et moi-même.

Le but était de faire des entretiens enregistrés pour pouvoir les réécouter et les analyser finement. Le but de la mise en place de cette ébauche de charte graphique est de pouvoir ensuite utiliser les codes de la représentation mapuche pour les traduire à travers une signalétique communautaire sur un plus long terme.

Le thème de l’Artisanat a guidé ma réflexion tout au long de mon stage. Cette axe d’entrée fut finalement très pertinent pour aborder mon expérience, puisque la manière de vivre des mapuches se base sur une forte activité artisanale, malgré le contexte de globalisation que nous connaissons tous aujourd’hui. Grâce à mes rencontres, mes observations, mes projets et mes recherches, j’ai pu organiser une réflexion autour de ce concept.

Analyses des résultats de mon stage

Cette expérience m’a paru extrêmement rapide, mes années universitaires m’ont permis d’avoir une approche pertinente et de faire émerger des problématiques et des sujets spécifiques au développement du territoire et de la géographie en général. En tout cas, j’ai senti sur le terrain que j’avais en main les outils pour m’exprimer et donner mon avis avec des spécialistes ou bien des locaux, en étant crédible et donc écoutée. J’ai trouvé rassurant et satisfaisant de pouvoir mettre en œuvre mes connaissances et les outils en ma possession lors de cette première expérience professionnelle. Ce qui m’a au début perturbée, et finalement beaucoup aidée, c’est de découvrir et constater tous les conflits en train d’apparaître à différentes échelles.

Ce stage m’a paru difficile sur certains points mais je me suis rendu compte que ces difficultés m’ont permis l’apprentissage de l’adaptation aux situations critiques.

Nous, deux autres étudiants GTDD et moi, étions très autonomes, certes, mais par moment cette autonomie était compliquée à gérer. La période d’adaptation a duré un peu plus de deux mois, et la mise en place de mes missions a réellement été établie après ce temps d’adaptation. J’ai eu du mal à comprendre que je devais construire et présenter mes missions à l’équipe de la Réserve. Ce temps de réaction, qui au final ne me semble pas avoir été du temps perdu, puisque mon adaptation à cet environnement a été primordiale, a fait apparaître une sorte de frustration en moi. Le temps du stage est passé trop vite, j’ai pris conscience que 4 mois pour la mise en place d’un projet c’est peu. Ma frustration dans la construction de mon livrable, est que finalement là commande/mission du stage était de tenter de dynamiser la Réserve dans son ensemble, mais par ailleurs dès que l’on proposait un projet à cette échelle, cela semblait compliqué voire impossible pour mes interlocuteurs. En conséquence, nos projets étaient toujours ramenés à l’échelle d’une commune, ou d’un village. Cependant cela m’a permis de proposer un livrable créatif, plus accessible dans la mise en forme et qui pourra aider un prochain stagiaire.

Un livret sur les symboliques mapuche, résultats des enquêtes sur le terrain :

Des cartes sur l’artisanat mapuche de la zone étudié, ci-joint la carte générale

Conclusion  

J’ai également pris conscience lors de ce stage que le premier territoire à connaître, c’est moi-même. Je me suis laissée porter par le jeu du spiritualisme mapuche, et je me suis rendue compte que la sensibilisation des populations commençait à l’échelle du corps. Et j’ai réalisé, qu’une fois que l’on se connaissait soi-même, on pouvait mieux concevoir ce qui nous entoure, et alors mettre en place un équilibre avec la nature beaucoup plus sain. Il y a un réel travail éducatif et social à faire sur les populations, pour que ces dernières réalisent l’importance de cet équilibre entre le local et le global, notre corps et la planète. Je crois sincèrement qu’un réel basculement s’opère, qu’une prise de conscience générale existe et cela s’observe dans les médias, les réseaux sociaux, les offres du marché, les politiques… Il y a encore du chemin à faire mais je compte bien faire partie d’une génération qui va permettre la transformation durable de notre territoire, de notre planète.


Bibliographie

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