Inventaire des friches agricoles en Nouvelle-Aquitaine

6 janvier 2020 Non Par admin

Justine LAMOULIE, Novembre 2019

Mots-clés : friches, inventaire, observatoire, données, cartographie

Résumé : Associées à la transition des espaces, les friches constituent une ressource foncière importante et majoritairement sous-estimée. Il s’agit d’un véritable levier pour la gestion territoriale et l’aménagement du territoire. Le développement d’outils cartographiques et statistiques pour un inventaire des friches à l’échelle régionale est une priorité afin de qualifier et quantifier ce phénomène. Il s’agit alors de mobiliser des bases de données existantes. Cette connaissance permettra de revaloriser ces espaces présents dans nos territoires.

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D’après la définition du dictionnaire Les mots de la géographie, le concept de friche fait référence à une terre inculte non travaillée qui serait alors appropriée mais non exploitée, se trouvant hors assolement (Brunet, 1993). La définition de friche repose alors en premier lieu sur le critère de l’usage. Issu d’une volonté régionale, le recensement des friches s’est inscrit dans la démarche du SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires) dans lequel il constitue une priorité pour les politiques publiques de Nouvelle-Aquitaine. De plus, la stratégie foncière de Nouvelle-Aquitaine « Territoire zéro friche » fait de la résorption des friches un enjeu majeur. Le GIP ATGeRi (https://gipatgeri.fr) est un groupement d’intérêt public aménagement du territoire gestion des risques. Il produit des outils opérationnels d’aide à la décision, des données et des expertises sur le territoire néo-aquitain. Ses principales missions consistent en la cartographie, la création de tableaux de bord et outils d’analyse ainsi que la mutualisation des données à l’échelle régionale grâce à PIGMA, Plateforme d’échange de données en Nouvelle-Aquitaine (https://portail.pigma.org). Dans le cadre de l’observatoire NAFU (https://observatoire-nafu.fr) du GIP ATGeRi, ce stage a constitué une étude exploratoire sur un inventaire des friches reproductible à l’échelle régionale. Il s’agissait alors de traiter le sujet des friches agricoles, forestières et artificielles (urbaines, industrielles et commerciales). Ce travail s’est tout d’abord attaché à réaliser un benchmark avec la recherche de définitions communes et opérationnelles, puis un état des lieux des bases de données disponibles et enfin la mise en place d’une méthodologie d’inventaire et son expérimentation sur un territoire test. Pour cela, la vérification sur le terrain a été réalisée sur la commune de Casteljaloux, en Lot-et-Garonne. 

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CONTEXTUALISATION ET PRINCIPALES DIFFICULTÉS

Il est nécessaire d’appréhender les friches comme un objet polysémique ne faisant pas l’objet d’une définition commune. Cela représente un obstacle pour évaluer le potentiel de friches et observer les mutations de ces espaces. Les définitions de la friche et les critères d’identification varient souvent en fonction des spécificités des territoires, des problématiques et des objectifs du projet. Actuellement, il n’existe pas de dispositif exhaustif de recensement des friches en France, ni en Région. La première partie du stage aura ainsi mis en lumière la difficulté d’établir des dispositifs consensuels.

Même si une définition commune n’existe pas, certains critères communs sont utilisés : temporalité de vacance, superficie, ancien usage, présence ou non de bâti, état. Ces critères définissent le potentiel de l’espace. Sans une définition partagée et des critères d’identification communs, il ne peut exister d’inventaires fiables et comparables. Les choix méthodologiques, la sémantique ainsi que les critères choisis ont un impact considérable sur les résultats obtenus.

Les jeux d’acteurs sont aussi très importants car il existe des appréhensions différentes d’une même notion. Chaque définition est influencée par les acteurs qui la produise du fait de leur activité professionnelle. Les choix orientent ainsi la constitution de l’outil : « si produire des données géographiques, c’est à la fois « problématiser » et  » légitimer » ses actions, par extension c’est aussi commencer à « décider » » (Noucher, 2007). 

Il n’existe pas encore de bases de données renseignant sur les friches, ce qui pose des difficultés méthodologiques. La reproductibilité à l’échelle de la Région Nouvelle-Aquitaine constitue également une contrainte dans l’élaboration de la méthode. De plus, les friches sont des objets mouvants, complexes et instables, tant dans leur définition que dans leur emprise spatiale. Cet objet est alors difficile à appréhender et ainsi à représenter cartographiquement.

Cette première partie de benchmark a ainsi fait émerger plusieurs difficultés, qu’elles soient sémantiques, méthodologiques, graphiques ou bien techniques. Initialement, l’étude se concentrait sur tous les types de friches. Il est apparu que les méthodologies doivent différer et être adaptées à chaque type. Dans le cadre de ce stage et au regard des informations récoltées, le plus cohérent était de se diriger sur un seul type de friches, les friches agricoles, afin d’élaborer et tester une méthodologie développée en partenariat avec la DRAAF Nouvelle-Aquitaine.

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MÉTHODOLOGIE D’IDENTIFICATION DES FRICHES AGRICOLES

En ce qui concerne les friches agricoles et en tenant compte des bases de données existantes, il est intéressant de se baser sur les données du Registre Parcellaire Graphique de 2017 (http://professionnels.ign.fr/rpg). Il s’agit des îlots déclarés à la Politique Agricole Commune (PAC) par les agriculteurs. Étant donné qu’aucune base de données ne permet d’identifier directement les friches agricoles, il est alors apparu intéressant de raisonner en sens inverse, c’est-à-dire de déterminer les espaces agricoles qui ont réellement un usage. La méthodologie est fondée sur un postulat de départ : la base de données du Registre Parcellaire Graphique (RPG) constitue des espaces maîtrisés par l’activité agricole.

L’OCS PIGMA est un référentiel d’occupation du sol à grande échelle par photo-interprétation en Nouvelle-Aquitaine. Il permet une description fine du territoire grâce à sa nomenclature. En effet, la nomenclature emboîtée en niveaux permet de découper le territoire en différentes catégories d’occupation de l’espace : territoires artificialisés, territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels, zones humides et surfaces en eau. Chaque niveau se décline en sous-catégories. Les millésimes 2009 et 2015 sont utilisés dans la méthodologie.

Nomenclature de l’occupation du sol PIGMA : Territoires agricoles

Source : PIGMA, n.d.

Il s’agit alors d’identifier les espaces potentiellement agricoles dans la base de données d’occupation du sol PIGMA, qui ne se retrouvent pas dans la base de données du RPG. Le croisement de ces bases de données permet ainsi d’identifier les espaces ayant la caractéristique agricole selon l’OCS et qui n’ont pas d’usage agricole au sens professionnel. Un autre type d’espace a été ajouté à la méthode : les accrus, c’est-à-dire les parcelles anciennement agricoles (en 2009) qui sont devenues des parcelles forestières (en 2015).

Une différenciation entre ces deux bases de données ainsi qu’une série de manipulations géomatiques sont alors réalisées pour identifier les espaces souhaités.

Cette méthode permet d’obtenir un premier niveau d’information pouvant être affiné par un travail de terrain. Dans le cadre de notre méthodologie, nous ne parlerons pas de friches mais d’ESFA : Espaces Susceptibles d’être des Friches Agricoles. 

Réalisation : LAMOULIE Justine, 2019

La méthode identifie des espaces sous-exploités, des friches ou bien des espaces entretenus sans usage professionnel agricole. Il est impossible d’envisager un travail de terrain pour vérifier toutes les parcelles en Nouvelle-Aquitaine. Ainsi, il s’agit d’un socle de connaissances permettant d’avoir une base pour que les collectivités s’en saisissent avec des vérifications terrain.

Le livrable travaillé durant le stage est donc une couche géographique socle régionale des ESFA intégrée dans l’observatoire NAFU. La méthode permet en outre de valoriser la base de données de l’occupation du sol PIGMA en se fondant sur celle-ci.

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ANALYSE DES RÉSULTATS ET DISCUSSION

L’observation des friches doit permettre une vision multiscalaire. La méthodologie doit être testée sur un territoire local, mais également pensée pour être reproductible à l’échelle de la Région Nouvelle-Aquitaine. Selon le principe de continuité de la connaissance territoriale (Roux, Feyt, 2011), il est nécessaire d’appréhender le territoire dans sa totalité. Une expérimentation à l’échelle du département du Lot-et-Garonne a permis d’évaluer et de tester la méthode pour une future généralisation. 

La superficie totale estimée des ESFA en Lot-et-Garonne représente 35 394 ha, soit 6,6 % de la superficie totale du département et environ 10 % du territoire agricole du département.

Les ESFA dans le département du Lot-et-Garonne

Sources : BD TOPO (2018), OCS PIGMA (2009, 2015), RPG (2017)
Réalisation : LAMOULIE Justine, 2019

En ce qui concerne les résultats obtenus, il s’agit majoritairement d’espaces de petites superficies. Il est important de noter que la majorité des ESFA sont qualifiés en prairies selon la nomenclature de l’occupation du sol. Pour la suite, la caractérisation des ESFA a également été envisagée avec l’ajout de critères supplémentaires tels que la superficie, les zonages environnementaux, ainsi que les documents d’urbanisme.

Le terrain effectué sur la commune de Casteljaloux a fait ressortir la complexité de différencier ces ESFA en tant que véritables friches ou non. Certains espaces ont une végétation peu développée qui ne permet pas de présager d’un abandon de l’espace. La caractérisation en tant que friche est donc assez subjective.

De plus, les espaces obtenus ne se basent pas sur les limites cadastrales mais sur la base de données de l’occupation du sol, et ainsi correspondent parfois à plusieurs types d’espaces en un seul ESFA. Cela est probablement dû au cadastre, car un ESFA peut regrouper plusieurs parcelles et plusieurs propriétaires qui ont des pratiques de gestion différentes sur leurs parcelles. Un travail d’observation auprès des acteurs locaux serait utile pour délimiter plus précisément les ESFA en fonction de la réalité du terrain. 

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POUR CONCLURE

La mobilisation de couches géographiques aura permis de repérer les ESFA à partir de traitements statistiques et spatiaux. Il s’agit d’outils représentant une aide importante pour les acteurs du territoire. Il est important de noter que la méthodologie développée est fiable mais elle résulte de choix méthodologiques, sémantiques et techniques. En ce qui concerne l’obsolescence des données, la méthode permet d’actualiser le référentiel chaque année grâce au RPG. Cependant, il existe un décalage entre l’année d’édition du RPG et la base de données d’occupation du sol. Cette étude sur l’observation des friches fait ressortir un paradoxe entre la volonté d’harmoniser les démarches d’inventaire et la volonté d’avoir des outils adaptés le plus possible au contexte local (ADCF, 2012). Même si des observatoires existent à l’échelle locale, ils ne sont pas véritablement comparables, car ils ne se basent pas sur les mêmes critères d’identification. La reproductibilité de la méthode à l’échelle de la Région constitue un véritable atout pour la connaissance et l’action territoriale. Pour donner suite à la présentation de la méthode au comité technique de l’observatoire NAFU, la Région Nouvelle-Aquitaine a proposé de tester la méthode sur d’autres territoires. Cette étude exploratoire a ainsi fait émerger la nécessité de développer le même type de référentiel pour les autres types de friches.

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BIBLIOGRAPHIE :

ADCF, 2012, Dossier : Observation territoriale : le besoin de connaissances partagées, septembre 2012, n°170

Brunet, et al., 1993, Les Mots de la géographie Dictionnaire critique, 3ème édition revue et argumentée, ed. RECLUS La Documentation Française

Noucher, 2007, Contribution socio-cognitives aux dynamiques de coopérations interorganisationnelles autour de l’information géographique, GéoCongrès Québec, Canada, 2-5 octobre 2007

Région Nouvelle-Aquitaine, 2017, Stratégie foncière régionale, Territoire zéro friche, https://www.nouvelle-aquitaine.fr/sites/alpc/files/2018-09/05_Strategie_fonciere_atelier_technique_territoire_zero_friche_7nov.pdf

Roux, Feyt, 2011, Les observatoires territoriaux : Sens et enjeux. DATAR – Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale. Documentation française. Collection Travaux – n°14, 107p.